WELLINGWORDS

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SURVISIBILITE POUR MOI, INVISIBLILITE POUR LES AUTRES

Hommage à mon professeur Paul Rozenberg


Désir de transparence
Matin sombre

Lorsque je me réveillais ce matin là, je n’étais plus qu’une carcasse. La mort avait rongé le dernier morceau de mon âme, s’installant dans mon espace intérieur. J’utilisais mon corps, robot sursitaire pour aller faire un tour, comme si de rien n’était, chez les vivants, ceux que j’ai côtoyé tous les jours, des milliers de jours.

Rien ! Il n’ont rien vu. Tous ceux qui entre guillemets vous connaissent bien, ne peuvent pas faire la différence entre votre corps vivant et votre robot. Normal qu’ils ne voient rien : il n’y avait pas de preuve « tangible », « concrète », mon robot n’était pas encore cadavre.

Le soir, sortant du monde des entre guillemets vivants, plus machines encore que mon corps robot, je me  cadavérisais  complètement ; dernière lucidité amère mais reposante. J’en étais à ma deuxième mort, la première j’étais trop jeune pour la comprendre.


Opacité

Matin Lumineux

Je renaissais quelques mois après, riche de mes deux morts et  de mes deux vies. Ma deuxième mort surtout irradiait ma nouvelle vie. Etait-ce vraiment moi qui mourus ce jour là, Ou ai-je simplement tué en moi les boulets avec lesquels ils m’enchaînaient.

Moi, je suis née ce matin, légère, je flotte, je voltige tandis qu’ils continuent, la tête sous leurs ailes de sécurité à voir en moi le même moi qu’ils ont façonné, ne s’apercevant pas plus de ma renaissance que de ma mort.

Ce matin là, je compris que lorsqu’on a au moins une fois décidé de mourir et au moins une fois décidé de renaître, on s’en fout d’être transparent ou opaque. Ce qui me rendait si légère, c’est que je n’avais plus besoin qu’ils comprennent ; je n’avais plus besoin d’expliquer, de me justifier. Ce n’est plus moi qui vais porter le fardeau de leur faire comprendre ; c’est leur problème !

Je me sens légère aussi parce que je ne sens plus ma vie comme un segment de droite. Je ne me sens plus barricadé entre deux points [la vie………..la mort]  Je sais maintenant qu’il est possible de mourir et de renaître autant de fois qu’il est nécessaire pour trouver le juste équilibre entre transparence et opacité.

 

Hafsa Bekri-Lamrani

Paris Hiver 1976

 

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