WELLINGWORDS

Welcome to welling words, a place of litterary delight

« L’aparole ». Et voilà ! Dès que le mot apparaît sur l’écran, il est immédiatement souligné en rouge!  Oui, je sais le mot n’existe pas dans la langue française. Et Alors ? Tous les mots de toutes les langues ne sont qu’emprunts déformés inventions et conventions. Je me permets donc d’ajouter au mot parole un petit préfixe grec d’avortement, la petite lettre de négation « a » pour obtenir le mot « aparole », véritable coloration de ce siècle au parfum de régression, de censure et de pendaison barbare au nom de la sécurité. Un siècle où l’on dit ce que l’on ne fait pas et où l’on fait ce que l’on ne dit pas. Un siècle kafkaïen où le pays qui se proclame défenseur des libertés se retrouve « défonceur » des droits de l’homme et de la femme par la même occasion. Pays où la couleur orange se nomme Guantanamo, où l’on sème des bombes en temps de guerre et on refuse de les déminer en temps de paix.

Dire et ne pas faire, faire et ne pas dire. Ici, là-bas, tout se brouille dans une bouillie mondiale sans saveur. Là-bas, ici où nous sommes des yoyos : un coup en haut, un coup en bas, pendus au bout d’un fil. Un coup vous vivez naïvement un leurre de liberté, un coup vous vous retrouvez épinglé, étranglé parce que vous avez cru avoir la parole. La parole, ce mirage qui nous a été légué dans sa forme moderne par l’Europe de Hamlet : « Words, words, words » et la France des droits de l’homme tuée dès sa naissance par la Terreur et achevée bec et ongles par l’aigle de Napoléon le petit. Mirage de l’Europe haineuse des nations, couronnée par le nazisme.

Alors stop, je m’arrête, je ne joue plus, je ne revendique plus une parole devenue vaine. « La dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours » annonce une carte postale du bicentenaire de la Révolution française (Loup, 1989). J’ai, par contre le droit de garder le silence, d’entrer dans l’ère de l’écoute et de « l’aparole » n’en déplaise à Larousse, Robert et autre dictionnaires de la langue française.

Hafsa Bekri-Lamrani

Février 2007

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