WELLINGWORDS

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Oh ! La vache !

Cela fait des années que je rumine. Je rumine parce que je suis vache et sans les êtres humains, je mènerais une tranquille vie de vache. Ah les êtres humains ! A certains moments de mon histoire, ils m’ont adorée comme un dieu, fait de moi des effigies en or, oubliant les lois de Moïse ; ils m’ont choisie comme première lettre d’une écriture qui aurait pu les unir (je suis l’alif, l’alef, l’alpha) mais ils s’entre-tuent autour de ma tête symbolisée par leurs ancêtres, pour une exclusivité éphémère.

Je reste encore sacrée en Inde. Plus au Nord, ils m’exploitent et me méprisent. Les Anglais qui jurent encore par mon nom (Holy Cow), m’ont rendu folle. Les Français (Oh la vache !) insultent mon intelligence parce (pensent-ils), je ne fais que regarder les trains passer. C’est vrai que je regarde passer leurs trains sur les vertes et vastes prairies  de cette France pas douce pour tout le monde où je pais grassement avant de finir dans leurs assiettes. Bon ! Ce n’est peut-être pas l’exclusivité des Français de me manger, mais tous ceux qui à travers le monde, me dévorent avec leurs fourchettes ou avec leurs doigts n’ont pas l’élégance des Bushmen qui demandent pardon aux bêtes qu’ils ne tuent que pour se nourrir, eux qui n’ont ni commerce, ni banques, ni comptes.

Oui, je regarde passer les trains et je rumine leurs grosses conneries en mâchant de l’herbe. L’’herbe, eux ils la fument à tort et à travers pour fuir leur réel invivable. C’est une manie chez eux : tout doit passer par le feu. Le feu qui fait bouger les trains qui passent. Le feu qui pousse leurs faux oiseaux à envahir un ciel qui ne leur appartient pas. Le feu qui leur fait chevaucher le son et la lumière pour mieux tuer leurs lointains prochains. Le feu qui coule dans des boîtes à vision de fausses images et de faux dieux. Le feu de l’alcool qui brûle leur sang. Le feu des aliments qu’ils brûlent. Le feu de la foudre, le feu de la terre qui, pensent-ils n’ont plus de secrets pour eux. Ils brûlent, ils brûlent de désir, d’impatience. Ils brûlent les étapes en oubliant de vivre. Ils brûlent tout sur leur passage et nous, nous les regardons…passer !

 Hafsa Bekri-Lamrani

29 Juin 2003

Dans le train de Casa-Rabat

 

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