WELLINGWORDS

Welcome to welling words, a place of litterary delight

C’était un soir dans Paris,

Paris, aux mille bouches

Avalant hommes et femmes

Au fil des heures, au fil des vies ;

Paris abritant ses gueux

Dans la chaleur grouillante de ses entrailles

 

C’était un soir dans Paris,

Ils étaient deux,

Fossiles vivants, déchéance.

Ils étaient deux, ils étaient un,

Vieux couple uni pour le pire,

Le meilleur l’alcool l’avait bu dans leur sang.

Ils étaient un, ils étaient une,

Masse de chair et de vêtements

Pétrie de temps et d’abandon.

 

C’était un soir dans Paris ;

Une voix rauque issue de lèvres exsangues

Transperce l’air morne : »Hé passe moi le peigne. »

L’homme s’exécute.

« Cht’avertis j’meu coiffe a’ec les ch’veux tous en arrière. »

Lance la femme avec le défi gouailleur d’Arletty.

« Ah non ! Tu sais bien que ch’taime pas a’ec les ch’veux en arrière »

Réplique l’homme avec la fermeté “ bougonnante ” de Jean Gabin.

« Si » répond Arletty, « tous en arrière », joignant le geste à la parole.

 

Et Jean Gabin arrache le peigne à Arletty,

Le casse en deux et le jette en l’air.

La moitié du pauvre peigne

Tombe sur le quai et l’autre malheureuse

Echoit sur le « Monde Diplomatique »

D’un vrai Monsieur.

Arletty et Jean Gabin s’évaporent

Sous le regard méprisant de Monsieur Propre;

Les deux clochards retrouvent

Leur crasse,

Leur vermine

Et leur ridicule

C’était un soir dans Paris 

Une étincelle de dignité avait jailli

 

Vu à Paris – Printemps 1975

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